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ARTE MARE

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samedi 1er octobre

Les rendez-vous gastronomiques d’are Mare (19h30, 20h, 20h 30) Amuse-bouche, plat, dessert, verre de vin 30€.

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Le nouveau site du festival
jeudi 21 juillet

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Les mauvais sujets
samedi 7 mai

PRIX DU LIVRE CORSE.


1768. Bastia retient son souffle. La cité marchande s’est lassée du parfum de la poudre et du bruit des canons. La guerre contrarie le commerce. Un récit mené tambour battant au rythme des aventures militaires et galantes de jeunes gens entraînés par l’accélération de l’histoire. Le deuxième roman de Michèle Corrotti et Philippe Peretti après Petite Italie. Editions Alain Piazzola. Couverture Edith Guidoni.

 
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Shame de Steve Rodney McQueen, 2011
par Quentin Faucheux-Thurion
vendredi 2 août 2013

Synopsis

Brandon vit dans le monde aseptisé d’une grande entreprise new-yorkaise. Homme respecté et respectable, ce trentenaire cache pourtant à la face de tous son addiction pathologique au sexe. Chaque rencontre devient objet de désir, chaque lieu nouveau devient le théâtre potentiel de ses fantasmes. Seulement, quand sa sœur Sissy, une chanteuse fauchée toute droit sortie d’un film des années 1920, s’installe chez lui à l’improviste, Brandon est désemparé. Ses besoins et son quotidien sont chamboulés, il ne parvient plus à se cacher et cherche désespérément à retrouver l’intimité qu’il avait. Son patron à son tour découvrira sur le disque dur du jeune homme quantités de films pornographiques. Sa carrière, sa réputation sont en jeu. Conscient de sa maladie, Brandon ne semble pas savoir quoi faire. Entre plaisirs quotidiens et stature sociale, l’équilibre installé par le jeune homme s’effondre sous son regard impuissant, le laissant seul face à ses propres démons.

Analyse

Steve McQueen nous offre un panoramique avisé et profond des maux sociaux contemporains. D’abord l’addiction au sexe, déboire évident d’un abus de plaisirs, mais en filigrane, il nous parle également des normes morales, éthiques voire religieuses, et bien entendu du formalisme sociétal qui régit toutes les sociétés développées, les Etats-Unis en tête.

Par un travail de décor et par une réflexion colorimétrique, il retranscrit bien le caractère aseptique des normes sociales, qui conditionnent les comportements humains et rejettent les désirs primaires sous leur forme la plus bestiale. La pornographie est vue ici comme un mal aussi psychique que physique. Le personnage souffre de son plaisir dès lors qu’il sait que la révélation de ses penchants pourra nuire à sa carrière, à sa réputation. Le regard de sa sœur apparaît comme un avertissement tendre et humoristique. Sa réaction face à une réalité factuelle l’est quand à elle moins et le pousse à refuser l’aide de la seule personne qui ne le juge pas.

Brandon est un personnage très élaboré, très complexe psychologiquement. Il a aussi bien la retenue et la classe d’un anglais qu’il n’est accoutumé aux normes et aux valeurs américaines. Cependant, il incarne d’un autre côté l’excès, la perversité. Et ces deux versants de sa personnalité, apollonien et dyonisiaque, se battent dans un duel acharné sous les yeux ébahis d’un spectateur qui prend autant pitié pour le héros qu’il le stigmatise. Par ce double champ de lecture, le personnage est mis à l’écart de la société normée, une mise à l’écart qui vient de lui comme d’autrui. McQueen semble également porter un regard moralisateur sur la société américaine dans son ensemble, qui se joue de la transparence formelle qu’elle défend. Avec la scène de sexe contre la vitre, en contre-plongée, le réalisateur provoque, joue avec les règles et nous montre combien l’Amérique n’est faite que d’apparence et que derrière cette galerie des glaces se cache finalement le vice.

Ici, c’est le plaisir que l’on met en question, plaisir du corps et plaisir de l’esprit qui ne font dès lors plus qu’un, à l’instar d’un American Psycho où le sexe, la musique et le meurtre forment les trois mouvements d’une symphonie macabre et répréhensible. Brandon est finalement un monsieur tout le monde, rentré dans le moule d’une société où la beauté, l’élégance et la vertu sont de mise, et gage de réussite. Avec son interprétation remarquable, Michael Fassbender montre efficacement que le vice dort en chacun de nous. Et Steve McQueen le scande haut et fort.

Avec une mise en scène souple et sans fausses notes, il nous plonge dans un monde stérile, pâle, malade. Le monde n’est finalement qu’un grand mouroir, un grand hôpital où tout le monde est un patient en puissance, sous réserve que l’on vienne à découvrir son point faible. A une plus grande échelle, Steve McQueen appelle même son spectateur à l’introspection, à se questionner sur ses vices et ses défauts. En choisissant le sexe plutôt que l’alcool ou la drogue, il s’adresse à un public d’autant plus large. En poussant à l’extrême les besoins physiques de Brandon, presque pathologiques, il nous invite à repenser les pulsions, les désirs presque primaires du corps et de l’esprit, et nous montre a fortiori que le mal-être de son personnage est uniquement causé par le milieu dans lequel il évolue, par la ville et plus largement la société qui est la sienne.

Un film qui fonctionne par strate donc, qui doit se lire aussi bien à l’échelle individuelle qu’à l’échelle sociale, et à la résonance très large. Par ses actes et ses pensées, Brandon nous apparaît comme un personnage rongé par le remord et la honte, consumé par son surmoi et étouffé par les normes sociales. Un film poignant donc, où la position du spectateur reste ambiguë et inconfortable tant il aime et déteste ce héros simultanément. Un tour de force de jeu, d’écriture et de mise en scène, qui met un personnage face à ses propres démon mais qui nous fait également repenser les règles qui nous régissent.

Steve McQueen, à ne pas confondre avec Steve McQueen, n’a pour l’instant que deux films à son actif mais semble être la figure de proue du cinéma britannique contemporain. Récompensé une première fois pour Hunger (2008), il surprend de nouveau par la qualité de son Shame et offre son univers aux yeux d’un public fasciné à chaque projection.

Il séduit avec un cinéma épuré, sans détours, mais aux qualités esthétiques et narratives incroyables. En un mouvement de caméra, en un regard, un geste, il sait exprimer toutes les émotions de ses personnages, aussi complexes soient-ils. Un cinéaste sensuel en un certain sens, dont on attend le prochain film, qui devrait sortir sur nos écrans courant 2013.

Michael Fassbender prend du galon depuis plusieurs années, en s’attirant les faveurs des grands noms du cinéma. En très peu de temps, avec son rôle de Bobby Sands, chef de file de l’IRA, dans Hunger, il se fait remarqué par Quentin Tarantino qui lui offre un rôle dans Inglorious Basterds, en sélection à Cannes en 2009.

De là, Fassebender s’est rapidement fait une place aux côtés des acteurs les plus renommés, jouant par exemple dans A Dangerous Method de Cronenberg aux côtés de Keira Knightley, dans Piégée de Soderbergh ou encore dans le très récent Prometheus de Ridley Scott, film de Science-Fiction avec la grande et belle Noomie Rapace.

Une carrière encore naissante mais déjà remarquable par sa qualité et son éclectisme, qui a déjà permis à l’acteur de faire état de ses qualités de jeu et de ses multiples facettes. Il lui reste sans doute d’autres cartes à abattre et tout laisse à croire qu’il brillera plus encore. Peut-être dans le prochain film de Terrence Malick prévu pour la fin 2013 ?

 

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