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Le nouveau site du festival
mardi 21 mars

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Vite ! Visitez le nouveau site du festival, plus rock and roll !

 
Dîners étoilés
samedi 1er octobre

Les rendez-vous gastronomiques d’are Mare (19h30, 20h, 20h 30) Amuse-bouche, plat, dessert, verre de vin 30€.

Réservations au 07 87 76 56 86

 
Les mauvais sujets
samedi 7 mai

PRIX DU LIVRE CORSE.


1768. Bastia retient son souffle. La cité marchande s’est lassée du parfum de la poudre et du bruit des canons. La guerre contrarie le commerce. Un récit mené tambour battant au rythme des aventures militaires et galantes de jeunes gens entraînés par l’accélération de l’histoire. Le deuxième roman de Michèle Corrotti et Philippe Peretti après Petite Italie. Editions Alain Piazzola. Couverture Edith Guidoni.

 
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lundi 28 septembre
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Le Beau mariage d’Eric Rohmer, 1982
par Quentin Faucheux-Thurion
samedi 3 août 2013

« Quel esprit ne bat la campagne Qui ne fait château en Espagne »

Synopsis Sabine, étudiante en Histoire de l’art, fréquente Simon, artiste et marié. Après plusieurs mois de relation, elle décide de rompre et lui apprend qu’elle va se marier. La jeune femme ne sait pas encore avec qui mais elle a arrêté le principe et est fermement décidée à trouver un époux à son goût.

Invitée à un mariage, sa meilleure amie lui présente un avocat, riche et libre. Sous le charme, Sabine va chercher à le revoir et à le séduire. Bien décidée à en faire son mari, elle lui inventera bien des excuses pour qu’ils se voient, malgré son air fatigué et indécis.

Analyse

Bien que le film en lui-même puisse sembler en dehors d’une thématique sur la psychanalyse, c’est un aspect cinématographique qui en fait un objet d’analyse psychanalytique de choix. Le travail de caractérisation des personnages chez Rohmer est unique, très fin et mérite certainement que l’on s’y intéresse de manière plus avisée.

Le héros chez Rohmer est toujours mut par des sentiments très intenses, très profonds, qui répondent généralement au refoulement d’un désir qui vient à devenir trop présent, qui déborde de l’être. Le personnage semble généralement maîtriser la situation mais il n’en est rien. L’issue lui est bien souvent surprenante et finit par l’émouvoir, en témoigne la fin magnifique de Rayon vert où l’héroïne, émue certes, pleure, mais c’est également le caractère fortuit de la situation, inopinée, qui la submerge.

Ici le personnage de Sabine progresse autour de l’idée même du mariage, de l’amour véritable et durable. Elle nous apparaît comme une adolescente sur qui le temps se serait arrêté, vivant chez ses parents dans sa chambre d’enfant, plongée dans l’univers chimérique, idéaliste voire parfait de la peinture. Sa relation avec sa meilleure amie, interprétée par Arielle Dombasle, entretient ce désir impossible d’un amour merveilleux.

Des personnages complexes, ambivalent, que Rohmer aime à enfermer dans une bulle temporelle où s’entremêlent semble t-il le rêve et la réalité. Ils se rencontrent et se heurtent, modifient l’espace de vie du personnage et le font progresser. La force même de ses films repose sans aucun doute sur cette imbrication implicite entre le général et le particulier, l’individu et son champ social. Le monde extérieur évolue au même rythme que le personnage mais dans des directions parfois proprement opposées, déchirant finalement le héros.

Les personnages de Rohmer sont également marqués par leur manque total d’érotisme, par leur banalité, bien qu’ils soient tous animés par une tension sexuelle décuplée qu’ils se plaisent à enfouir, mais qui dicte chacun de leurs actes. Un magnétisme soudain opère généralement, mais sans que le personnage ne sache réellement quoi faire, dépassé par ses sentiments et ses désirs primaires. Le metteur en scène joue ainsi sur les sous-entendus en permanence. Regardez le héros de La collectionneuse qui pense une chose mais agit à l’opposé dans les faits, ou encore à l’héroïne des Nuits de la pleine Lune incapable de choisir d’aimer tel ou tel homme. Le désir et le sexe semblent faire se mouvoir tous les héros de Rohmer, car ils y voient un semblant d’amour.

Rohmer est un cinéaste du motif, il nous plonge dans un univers très pictural, aux accents bien souvent contemporain. Un cinéma de la modernité pourrait-on dire, mais épris par ailleurs d’un grand classicisme et d’un grand formalisme. Un cinéma sans fioritures, où chaque mouvement de caméra dit ce qu’il a à dire, où chaque dialogue reflète finalement l’intériorité des personnages et où le geste nous en dit d’autant plus que la parole. Il a su créer un cinéma très sensuel en autant tout leur érotisme à ses personnages, un tour de force de mise en scène. Dans Le Beau mariage il n’y coupe pas. Avec la scène dans la chambre de Sabine, il installe une tension physique qui nous prend à la gorge, sublime les personnages et fixe les limites de leurs sentiments respectifs. Elle désire grandir trop vite, brûler des étapes inévitables, lui par ailleurs ne saurait donner du temps à une enfant pour l’aimer.

Car c’est bien d’amour qu’il s’agit ici. Sabine semble bien plus éprise par l’idée de l’amour qu’elle n’est réellement capable d’aimer. Amoureuse de l’amour, comme si une vie sans ne valait pas la peine d’être vécue. Quelle est la frontière entre la vie elle-même et la vie amoureuse dès lors que la vivre c’est aimer ? Une quête d’amour pour mieux vivre, voilà peut-être ce qui anime réellement les héros Rohmeriens, un désir d’intensité et d’excitation sans cesse renouvelé et régit par les fantasmes les plus enfouis, par l’attraction primaire entre deux corps. Aimer devient un besoin vital chez ses personnages qui s’assèchent rapidement sans le feu de la passion. Une course qu’il leur fait mener avec humour et sarcasme parfois, se complaisant à frustrer leurs désirs, mais réalisant tantôt leurs rêves les plus fous, au hasard de retrouvailles dans un bus ou d’une rencontre au bord de la plage…

 

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