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Les rendez-vous gastronomiques d’Arte Mare (19h30, 20h30) Amuse-bouche, plat, dessert, verre de vin 30€.

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Princesse Marie de Benoît Jacquot, 2003
par Quentin Faucheux-Thurion
samedi 3 août 2013

Synopsis La Princesse Marie Bonaparte, petite fille de Napoléon, ne parvient pas à se satisfaire de sa vie et ne se souvient pas avoir été un jour heureuse. Elle souhaite désormais pouvoir passer outre sa frigidité maladive et trouver du plaisir auprès de Jean son amant.

Après avoir tenté une opération qui n’aura pas porté ses fruits, elle décidera d’entreprendre une analyse et se tournera vers l’éminent professeur Freud, génie vieillissant et malade, avec qui elle tissera les liens d’une profonde et belle amitié.

Elle décidera de traduire les œuvres du grand génie de la psychanalyse et deviendra à son tour une éminente thérapeute sur la place parisienne.

Mais la montée du nazisme et les bouleversement sociopolitiques internationaux menacent son ami. Marie va remuer ciel et terre pour permettre à Freud d’échapper à la menace totalitaire et lui offrir de vivre ses dernières années en paix.

Analyse Benoît Jacquot réalise un tour de force avec ces deux épisodes prévus pour la télévision. Tour de force d’abord technique mais également narratif. Il parvient à faire de ce film une œuvre aussi psychologique qu’historique. Il recrée à merveille le Vienne du début du siècle et traduit astucieusement les bouleversements politiques et sociaux de l’Europe entre 1920 et 1939. Il nous renvoie également à l’histoire de la pensée psychanalytique et fait de ce film un hommage remarquable au professeur Freud de la même façon qu’il reconnaît les mérites d’une Princesse d’avant-garde.

Contrairement à Huston ou Cronenberg, il dépeint ici l’intimité d’un homme bon, généreux et sensible. L’analyse de Marie nous permet par translation d’accéder aux pensées du génie et de mieux comprendre les influences de ses écrits. Cependant, il crée également un homme plein de mystère et de secrets, ambigus sous certains aspects, fascinant de manière générale. Envoûtant autant pour la Princesse que pour le spectateur, qui s’éprend de ce vieillard malade, doyen et précurseur de la psychanalyse mondiale telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Le réalisme historique est renforcé par l’utilisation alternative du français et de l’allemand, qui nous fait rentrer avec d’autant plus d’intensité dans l’esprit cosmopolite de l’époque. Cependant, le personnage de Freud reste secondaire. La Princesse Marie, incarnée par la grande Catherine Deneuve, est un héros d’autant plus riche, d’autant plus complexe. Nous pénétrons autant son passé que l’intimité de son présent maussade. La femme jouit ici des avantages de la vie de Princesse, mais c’est par ailleurs ce statut qui aura causé chez elle des troubles et des névroses.

Dans la théorie freudienne, le rêve et le symptôme névrotique sont les seules portes vers l’inconscient, le “ça“. Jacquot nous invite donc à pénétrer l’antre des souvenirs et des maux refoulés et méconnus du personnage. Une boîte noire qui contient la trace indélébile des gestes, des mots et des actes passés. Nous comprenons donc avec elle la source de ses troubles, l’empathie en est d’autant plus grande. Finalement, un lien très fort se tisse entre le spectateur et les personnages de Freud et de Marie, dès lors que nous sommes dans l’intimité de leurs discussions, de leurs pensées et de leurs secrets. Une place ambiguë mais agréable, où nous sommes autant extérieurs qu’omniscients.

L’intérêt de ce biopic réalisé en 2003 est qu’il résonne également dans les modes de penser actuels. En pleine transition économique, politique et sociale, la France des années 2000 doit s’ouvrir en acte et en pensée. Le personnage de Marie apparaît comme porteuse de valeurs traditionnelles, mais fait par ailleurs preuve d’une très grande ouverture d’esprit. Mère possessive, elle tolère tout de même l’homosexualité de son époux, s’étonne que lui-même puisse avoir honte d’un amour aussi pur que celui qu’il partage avec son conjoint. Elle défie également les règles de la méthode psychanalytique et se joue des lois morales. C’est la femme forte des années 1930, mais également la femme des temps modernes. Une héroïne en avance sur son temps, qui a pris conscience de l’importance des thèses freudiennes, qui ont révolutionné les sciences humaines et le visage du monde.

Les relations adultères qu’elle entretient avec jean puis avec un ami psychanalyste du professeur semblent être une façon pour elle de regagner les droits sur son corps. Son besoin de plaisir sexuel relevait autant d’une volonté de dépasser ses troubles psychiques que d’affirmer son existence physique. La psychanalyse l’aide certes, mais la passion et le sexe semblent également avoir des vertus curatives chez la Princesse, qui n’en ressort que plus forte et affirme ses droits et ses choix. En décidant de se battre pour sauver Freud, elle fait preuve d’une témérité et d’une détermination sans faille qu’elle n’aurait pas su convoquer avant sa thérapie. Freud l’a sauvée, l’a ramenée à la vie, l’extirper du joug nazi n’est jamais qu’une manière pour elle de lui rendre la pareille. Mais en sauvant l’homme et sa famille, elle pérennise également un mythe et l’une des théories fondamentales du monde moderne. Elle pénètre sa pensée et devient finalement sa confidente voire, d’une certaine manière, sa psychanalyste.

Scénario Louis Gardel, François-Olivier Rousseau Image Caroline Champetier Avec Catherine Deneuve, Heinz Bennent, Anna Bennent

Benoît Jacquot est surtout connu pour ses mises en scène classiques et formelles, bien qu’il fasse preuve, non de manière ostentatoire, d’un goût très marqué pour les expérimentations cinématographiques. Il semble en effet qu’il cherche, à l’instar de Godard, à se réapproprier le langage visuel pour le mener à un degré de pureté et de légèreté tel qu’il puisse dire les choses le plus simplement possible. Des choix de mis e en scène qui témoignent tout de même d’un goût très marqué pour ce que l’on ne voit pas, pour le suggestif et l’éphémère. Il aime à entrer en contact direct avec la mystique du réel en pénétrant l’intimité de ses personnages, en montrant au spectateur les forces et les faiblesses de l’âme humaine. Un cinéma ésotérique donc, dans la veine de J.C Brisseau, dans lequel Le Septième ciel s’insère parfaitement.

Il a donc réalisé des films très classiques, comme L’Assassin musicien (1975) ou Les Enfants du placard (1977), pour lesquels on lui trouvait une filiation au cinéma de Bresson, bien qu’il démente cette affirmation de la critique française. Il s’est ensuite tourné vers un cinéma beaucoup plus réflectif, cherchant à questionner l’esthétique même des cinémas passé et présent. Des films où la place des corps et le rapport entre les corps deviennent de plus en plus prégnants et poignants, à l’instar de La Fille seule (1995), L’Ecole de la chair (1998), et ce jusqu’à son dernier film, Les Adieux à la reine, sorti en 2012. Catherine Deneuve est l’une des icônes du cinéma français. Son importante filmographie fait d’elle l’une des actrices françaises les plus prolifiques. Egérie des plus grands, elle s’est ouverte à l’international très tôt et a su séduire le grand public par sa beauté, sa grâce et son simplicité.

François Truffaut, Jacques Demy, Roman Polanski, Luis Buñuel, Dino Risi, Manoel de Olivera ou encore Lars Von Trier, tous ont voulu avoir cette femme multifacette au jeu élégant et très fin. Elle apparaît donc à l’affiche de films aussi mythiques que Répulsion, (1965, Polanski) Les Demoiselles de Rochefort (1967 J. Demy), La Sirène du Mississipi (1970, F. Truffaut), Le Dernier métro (1980, Truffaut), Pola X (1999, L. Carax), ou encore Un conte de Noël (2008, Desplechin).

Une carrière riche et éclectique donc, qui lui aura valu des nominations aux plus grandes distinctions cinématographiques. Cannes, Venise et Berlin l’ont généreusement récompensé pour sa carrière et pour son apport précieux et de qualité au cinéma international et d’autant plus européen. Elle a également reçu plusieurs fois le César de la meilleure actrice, pour des films comme Le Dernier métro ou Indochine.

 

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