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Les rendez-vous gastronomiques d’are Mare (19h30, 20h, 20h 30) Amuse-bouche, plat, dessert, verre de vin 30€.

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PRIX DU LIVRE CORSE.


1768. Bastia retient son souffle. La cité marchande s’est lassée du parfum de la poudre et du bruit des canons. La guerre contrarie le commerce. Un récit mené tambour battant au rythme des aventures militaires et galantes de jeunes gens entraînés par l’accélération de l’histoire. Le deuxième roman de Michèle Corrotti et Philippe Peretti après Petite Italie. Editions Alain Piazzola. Couverture Edith Guidoni.

 
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Analyse d’Harvey
par Quentin Faucheux-Thurion
vendredi 9 août 2013

Harvey Un film de Henry Koster, 1950

Synopsis

Elwood P.Dowd vit dans une grande demeure familiale avec sa sœur, sa nièce, et depuis la mort de sa mère, avec Harvey, un lapin de six pieds de haut qu’il est le seul à voir. Aussi poli et charmant soit-il, Elwood effraye et passe pour fou aux yeux de la bourgeoisie américaine. Il ne trouve refuge que dans les bars, où l’existence d’Harvey n’est nullement contestée. Sans doute y croit-on que l’alcool est l’unique source de ses hallucinations. Soucieuse de sa réputation, sa sœur Vita décide de lui faire consulter des spécialistes, à même de soigner ses troubles psychiques. Mais, submergée par l’émotion et la crainte, elle avouera elle aussi voir le lapin et sera enfermée à la place de son frère. S’ensuit alors une chasse à l’homme afin de retrouver Elwood, que l’on croit fou et manipulateur, mais qui se révèlera être le seul homme doué de clairvoyance.

Analyse

Si le film peut surprendre par sa simplicité formelle, il est d’autant plus étonnant qu’il cache un fond moral et réflectif qui dépasse les habituelles considérations sur la folie humaine. Bien qu’on retrouve tous les éléments de la comédie typique du cinéma classique hollywoodien, Koster dépeint en filigranes le désenchantement de l’Amérique d’après guerre. C’est finalement la société dans son ensemble qui est en proie à la folie, ayant perdu ses repères normatifs et sociaux. L’alcoolisme est présenté dans le film comme un mal viscéral, touchant toutes les strates de la société américaine. Bien qu’Harvey n’apparaisse jamais à l’écran, Koster et ses acteurs affirment sa présence dans son absence, ce qui donne d’autant plus de force au film, qui laisse toujours planer un doute sur l’existence ou non du lapin, et sur la folie des personnages. Un choix de mise en scène judicieux, qui donne le ton du film et qui permet au réalisateur de mettre en lumière la progression dramatique de ses héros. Bien que la réalisation reste sobre et classique, Koster donne à réfléchir sur ses choix esthétiques, narratifs et bien entendu sur la question et l’intrigue du film. Une œuvre atypique de par sa loufoquerie, son étrangeté, digne des contes de Lewis Carroll où s’entremêlent le monde des rêves et du fantasme et la dure réalité objective. En effet, bien que Koster ait choisit d’en faire une comédie, Harvey reste un témoignage sombre des inégalités sociale et du trouble pesant sur les Etats-Unis. La violence du geste et du mot est utilisée à des fins presque burlesques, écho direct aux films de Chaplin ou de Keaton. Mais elle prend ici une dimension plus large et plus funeste. Le metteur en scène invite le spectateur à voir la brutalité que subisse les personnages comme un mal réel, et non un choix purement stylistique, devant participer à l’élaboration d’un comique de geste et de situation. Par ailleurs, Koster emprunte aux britanniques leur humour décalé et fumeux, dit du nonsense. Dans un cinéma verbo-centré comme celui d’Hollywood, la maîtrise du verbe et de l’art du mot juste est l’apanage de tout bon scénariste. Ici, Mary Chase s’est nécessairement inspirée de l’humour à l’anglaise, piquant et loufoque. L’art de nonsense est de créer des phrases ou groupe de phrase n’ayant pas de sens à proprement parler, mais écrit dans le seul but de faire rire. Outre le texte lui-même, Koster use de sa connaissance de la mise en scène pour accentuer cet effet de style fin, et joue bien évidemment sur les gestes, les postures, les entrées et sorties des personnages. Une réelle Chorégraphie se met en place et accentue d’autant plus les quiproquo entre les personnages qui finalement n’arrivent pas à communiquer et se suivent les uns les autres dans une direction inconnue. Harvey devient presque un phare dans ce microcosme chaotique, et permet à certains d’accéder, entre autre au rêve, mais également à la clairvoyance et à la sagesse. Si le termes « microcosme » semble bien adapté pour ce films, s’est avant tout parce que le réalisateur crée, dans la multitude d’espaces disjoints des jonctions inattendues, parfois surprenantes voire dérangeantes, donnant presque l’impression d’un huis clos constant. Les personnages sont tous enfermés dans une ville malade. L’asile et la ville se confondent et deviennent miroir l’un de l’autre. Et il n’y a qu’un pas entre la petite ville de province et la société Américaine dans son ensemble…Seul le bar, lieu de rendez-vous d’ivrognes, est perçu comme un havre, un exemple sans précédent de normalité. Plutôt que fou, le personnage d’Elwood P. Dowd, merveilleusement interprété par James Stewart, qui lui confère par ailleurs toute son humanité et sa sensibilité, apparaît comme le seul être encore doué d’optimisme et de savoir vivre. Il est le seul encore capable de rêver et de partager l’imaginaire qu’il matérialise. Mieux qu’une contagion finalement, c’est un retour des personnages en enfance auquel nous assistons, une façon pour eux de renouer avec leurs idéaux et leurs chimères. Dowd est donc un héros comique par excellence, doué d’une sensibilité telle qu’elle lui permet de capter mieux que quiconque l’essence du monde. Ayant gardé son âme d’enfant il devient un personnage intemporel, dans et hors du temps, et qui porte toujours le même message de désappointement et d’optimisme que celui qu’il défendait dans les années 1950.

Scénario : Mary Chase, Oscar Brodny (D’après une pièce de Mary Chase ayant reçu le pris Pulitzer) Image : William Daniels Avec : James Stewart, Joséphine Hull, Wallace Ford, William Lynn 100 min, Noir et Blanc, 4/3 Henry Koster est l’une des figures de proue du cinéma Hollywoodien, et tout particulièrement de la comédie classique américaine. Son cinéma ne demeure pas moins particulier dès lors qu’il affirme dans ses films son appartenance à la culture américaine qu’il ne défend ses origines allemande et juives. Un réalisateur de l’universel donc, qui ancre ses comédies dans la réalité sociale de son époque, et qui produit des films plus différents les uns que les autres. Il débute sa carrière avec des comédies légères et des films musicaux, tel que Three smarts girls (1936) ou encore La Coqueluche de Paris deux ans plus tard. Fort de ces films populaires, Koster trouve facilement à travailler pour Universal Studio ou pour la MGM. Il enchaîne dons les réalisation, et tourne des films tous plus différents les uns que les autres. Harvey reste son plus grand succès au box office. Il choisira ensuite de se consacrer à des films plus ambitieux, abordant de front des thèmes religieux, politiques et historique. Il réalisera alors des films aussi célèbres que The Robe (1953) et The Naked Maja (1958). Mais vers la fin de sa carrière, il retournera vers la comédie classique avec des films tels que Mr. Hobbs takes a vacation (1962), Dear Brigitte (1965) ou The Singing Nun (1966), son dernier film.

James Stewart, avec Cary Grant, est sans doute l’un des acteurs les plus emblématique du cinéma classique Hollywoodien. Il est à lui seul l’incarnation des valeurs américaines de respect, de confiance, de patriotisme et de vertu. La finesse de son jeu, simple et sincère, lui aura permis de travailler avec les plus grands cinéastes de son temps, à l’instar de Capra, Hitchcock, sans oublier John Ford et Anthony Mann. De comédies en drames, en passant par le thriller et le western, il enchaîne les films et les registres, et devient l’égérie d’une génération d’Américains en mal de reconnaissance et de justice, dans un contexte pesant de guerre froide et de transition économique. On peut dire de lui qu’il fait preuve d’une grande musicalité dans ses gestes, ses tons et ses expressions, toujours adaptés aux situations, et participant activement à l’approfondissement des personnages qu’il incarne. Des personnages d’une profondeur et d’un réalisme tel qu’on ne peut que reconnaître le talent et le génie de Stewart. Un « Monsieur-tout-le-monde » élégant, qui inspire et fascine, encore aujourd’hui et sans doute pour longtemps.

La comédie américaine est bien souvent sujette à un a priori sans fondement. D’aucuns pensent que la comédie comme le genre du divertissement et du rire, oubliant bien souvent la complexité formelle et informative du films. Bien qu’on trouve, certes, des films classiques à l’humour potache, il est des réalisateurs qui ont trouvés dans ces films un médium d’expression riche, à même de transmettre un point de vue, un regard sur le monde à un très large public. Des films comme Arsenic et vielles dentelles de Capra, comédie burlesque à fond social et moral, La garçonnière de Wilder, ou même les films de Cukor et Hawks ont subjugués la critique tant ces génies du cinéma classique ont su utiliser leurs connaissances techniques à des fins esthétiques dans des films souvent sous estimés. Ces artistes sont vite devenus maîtres dans l’art de la screwball comedy, premier type de comédie, acerbe et piquante, apparut à Hollywood après les slapstick, art du burlesque ayant connu un âge d’or avec Chaplin et Keaton. Progressivement, un glissement vers des comédies plus sentimentales s’est opérés, et seul Wilder est parvenu à garder un ton plus froid mais non moins comique dans ses films. Avec des choix esthétiques propres au genre, mais témoignant d’une maîtrise préalable des contraintes techniques ces artistes vont faire preuve d’une grande inventivité et vont savoir se réapproprier le langage cinématographique à des fins narratives nouvelles. Dans le contexte d’essor économique des studios qu’ont ont connus et grâce à leur renommée internationale, ils ont sut s’imposer pour faire de la comédie un genre à part entière. Les mouvements de caméra, le choix des acteurs et des textes, tout comme le décor, tout était savamment pensé pour susciter le rire chez le spectateur, tout en conservant le fond critique sous-jacent au film. Dans les années soixante, une nouvelle génération de cinéastes et d’acteur ont tenté à juste titre de donner un nouveau souffle au genre, en revenant à des films plus burlesques, où la place du corps de l’apparence physique et du comique de situations devenait d’autant plus importante. Ainsi des artistes comme Jerry Lewis ou Blake Edwards sont apparus et ont connu un succès immédiat, profitant allègrement de cette redéfinition du genre dont ils étaient les précurseurs.

 

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